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une politique de change contra-cyclique de l’euro

Après avoir atteint un plafond voisin de 1,36 $, le 30 décembre dernier, l’euro a subi, depuis, une  décrue  de  l’ordre  de  12 % et semble avoir retrouvé, autour de 1,20 $ à la mi-juin, des niveaux plus en phase avec les fondamentaux européens et l’atonie de la croissance. La crise politique européenne contribue également, aujourd’hui, à la faiblesse de l’euro sur le marché des  changes.  Mais  il  faut  se  méfier  des  évolutions  de  court  terme,  sujettes  aux  opinions souvent  éphémères  des  marchés, et  il  convient  à  l’inverse  de  souligner  les  sources d’appréciation  future  de  l’euro  que  recèle  la  configuration  macroéconomique  mondiale.  Car les déséquilibres abyssaux de l’économie américaine sont toujours là et expliquent le bras de fer qui oppose aujourd’hui les Etats-Unis et la Chine à propos de la flexibilisation du régime de change du yuan. Ces déficits ont toute chance de susciter de nouveaux ajustements, plus ou moins désordonnés, qui ne sauraient épargner la monnaie européenne, quels que soient les scénarios. Du coup, en l’absence de politique de change contra-cyclique à l’échelle de la zone euro, le déficit de croissance européen pourrait bien se creuser, et il est impératif d’infléchir cette orientation, issue du compromis de Maastricht.

Une configuration macroéconomique mondiale tout à fait inédite Voilà  près  de  quinze  ans  que  l’économie  américaine  enregistre  de  façon  systématique  des déficits  de  balance  des  paiements  courants.  Fondamentalement  liés  à  la  faiblesse  de l’épargne   américaine   et,   plus   récemment,   au   creusement   du   déficit   budgétaire,   ces déséquilibres  courants  sont  longtemps  restés  soutenables  grâce  à  l’appétit  de  l’économie mondiale  pour  les  titres  publics  ou  privés  américains,  compte  tenu  des  rendements  offerts, mais aussi à cause du statut spécifique du dollar, seule devise, jusqu’à la création de l’euro, pouvant répondre aux besoins croissants en liquidités internationales.

Mais cette configuration présente aujourd’hui un caractère inédit pour au moins deux raisons. D’abord, à cause de la moindre  attractivité  des  placements  privés  aux  Etats-Unis  qui  explique  le  recul  des investissements directs étrangers et des investissements de portefeuille. Mais surtout à cause de la taille désormais gigantesque du déficit courant américain : 413 milliards de $ en 2000, 386 milliards en 2001, 474 milliards en 2002, 530 milliards en 2003 et 666 milliards de $ en 2004, soit 6,3 % du PIB. Au premier trimestre 2005, ce déficit s’est élevé à 195 milliards de $, et pourrait donc conduire à un chiffre d’environ 780 milliards de $ pour l’ensemble de l’année 2005.   Dans   ces   conditions,  l’essentiel  du  bouclage  macroéconomique  de  l’économie américaine  ne  peut  désormais  provenir  que  des  interventions  massives  des  banques centrales asiatiques, pour un montant de 886 milliards de $ en 2004, surtout de la part de la Banque de Chine [European Central Bank, 2005]. L’économie américaine absorbe aujourd’hui près de 80 % des transferts d’épargne internationaux…

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