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Les conséquences d’un euro fort face au dollar

L’appréciation de l’euro dure maintenant depuis plus de trois ans. L’euro fort et la baisse du dollar n’ont pas que des inconvénients pour les Européens. Libellés en dollars, les prix du pétrole, qui ont beaucoup augmenté ces derniers mois, ont été lissés par la progression de la monnaie européenne. L’inflation a aussi été ralentie, puisque les prix des produits importés restent stables.

Mais la hausse de l’euro représente un frein à la croissance. Or c’est le principal problème de l’Europe, qui n’a pas profité de la belle santé de l’économie mondiale ces dernières années. Alors qu’aujourd’hui la France et l’Allemagne sont en phase de reprise économiques, les deux pays les plus importants de l’eurozone se retrouvent plombés par l’envolée de leur monnaie qui pénalise leurs exportations et leur compétitivité.

Autre effet négatif : l’emploi. Pour maintenir leurs marges, les firmes européennes font pression sur les coûts de production. Par conséquent, elles embauchent moins.

Il devient donc urgent de casser la spirale haussière de l’euro.

e) Résultat : l’euro est aujourd’hui confronté à une crise de confiance.

Seules l’Irlande et l’Espagne connaissent aujourd’hui un boom économique (largement artificiel dans le cas espagnol, car tributaire de la bulle immobilière). Les autres pays ne décollent pas. Et surtout, les trois grands pays de la zone euro que sont l’Allemagne, la France et l’Italie sont en panne. Même si la France est parvenue l’an dernier à tirer son épingle du jeu, elle subit toujours, comme ses partenaires de la zone euro, un chômage de masse et les perspectives de croissance économique restent relativement faibles… Sans même parler des Etats-Unis, de la Chine ou de l’Inde, les pays de la zone euro voient bien que des membres de l’Union européenne qui n’ont pas adopté la monnaie unique (Royaume-Uni mais aussi Suède et Danemark) font bien mieux qu’eux en terme de croissance et d’emploi.

L’euro devait aussi offrir un « bouclier » à l’égard du dollar. Là encore, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Les Etats-Unis ont toujours la main mise sur les décisions : la valeur de l’euro se détermine bien plus à Washington qu’à Francfort : la BCE n’est pas en mesure de contrarier les impulsions qui viennent d’outre-Atlantique. En revanche, les Etats-Unis font varier la valeur de leur monnaie pour influencer leur économie : s’il plaît aux Etats-Unis que le dollar s’apprécie, il s’apprécie. Même chose dans le cas contraire. Ainsi, la dépréciation du dollar, en soutenant les exportations, renforce l’expansion américaine. Le maintien de taux d’intérêt très faibles (1 %, contre 2 % en Europe) va dans le même sens.

Que dire enfin de l’inflation ? Dans tous les pays, de la France aux Pays-Bas en passant par l’Italie et l’Allemagne, les citoyens sont pratiquement persuadés que le passage à l’euro a provoqué une flambée des prix. Pourtant, les statistiques d’inflation, remarquablement stables, ne donnent pas plus de 2 % de hausse des prix en moyenne dans la zone euro et le choc pétrolier a été amorti. Cependant, l’anticipation du passage à l’euro a poussé nombre d’industriels et de distributeurs à arrondir les prix. L’euro n’est donc pas vraiment populaire : un récent sondage indique que 56 % des Allemands souhaiteraient le retour au mark.

f) Pourquoi l’euro n’est pas près de remplacer le dollar ?

Une des raisons de la force d’une monnaie est la puissance économique et commerciale du pays ou du groupe de pays dont elle est l’unité de compte. Ainsi, les États-Unis sont la première puissance économique mondiale. Ce pays produit un cinquième de la richesse créée dans le monde. La production des pays de l’Euroland représente 15,5% du PIB mondial et celle du Japon 7,4%.

En revanche, si l’on regarde le commerce extérieur, c’est l’Euroland qui arrive en tête. Puisque les Européens sont leaders au niveau du commerce international, leur monnaie devrait logiquement gagner en importance. Mais dans les faits, ce n’est pas automatique car la monnaie ne joue pas uniquement un rôle dans le commerce. Elle est aussi un instrument financier. Les investisseurs choisissent de placer leur argent dans une monnaie selon son importance historique, sa valeur, sa stabilité et aussi son rendement. Et dans ce domaine, le dollar a beaucoup d’avance. A cause de cela, il faudra du temps avant que le statut de l’euro corresponde à la réelle puissance économique de l’Europe.

Ainsi, si la création de l’euro a été motivée par la volonté de développer un sentiment d’identité collective afin de contribuer au projet d’intégration européenne, une autre ambition fut également présente: accroître le rôle de l’Europe sur la scène mondiale en créant un puissant rival au dollar.

Six ans après la création de l’euro, cette deuxième ambition est loin d’être atteinte : le dollar domine toujours comme moyen d’échange sur le marché des devises ; il reste la monnaie de référence pour le commerce mondial ainsi que comme réserve de valeur.

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