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L’euro fort : des effets différenciés

Le taux de change euro-dollar atteint des sommets : 1,59 dollar pour un euro le 16 avril. Le 24 octobre2000, faut il le rappeler, un euro ne permettait d’acheter que 0,84 dollar. Les conséquences, pour les entreprises  de  la  zone  euro  suscitent  toutes  les  inquiétudes.  Pourtant  les  dernières  données  de commerce ne renvoient pas l’image du désastre attendu. Faut-il en conclure que la focalisation de la Banque Centrale Européenne (BCE) sur un objectif d’inflation impossible à atteindre dans le contexte international, ne pose pas de problème industriel ?

Pour bien comprendre l’impact potentiel d’importantes fluctuations de l’euro-dollar autour de ce que devrait  être  une  parité  de  pouvoir  d’achat  de  long  terme  (disons  1,10  dollar  pour  1  euro,  si  l’on  se réfère à l’indice « Big Mac »), retenons tout d’abord que le dollar n’est pas la seule monnaie contre laquelle s’échange l’euro ; elle n’est pas non plus la seule monnaie des concurrents de nos entreprises. Il est donc utile de considérer un panier de monnaies correspondant à la structure de nos échanges, et de calculer les variations de l’euro par rapport à ce panier, non par rapport au seul dollar. C’est ce que fait la BCE lorsqu’elle calcule le taux de change effectif de l’euro par rapport à 22 partenaires.

Une  deuxième dimension  du  problème doit  être  prise  en  compte :  les  variations  de  change  nominal observées peuvent compenser pour partie des écarts d’évolution des prix, ou des coûts de production(salaires moins productivité), entre la zone euro et les concurrents à l’extérieur de cette zone. La BCE calcule alors un taux de change (effectif) réel. C’est la meilleure mesure de la compétitivité prix des producteurs de la zone euro. Depuis  l’introduction  de  la  monnaie  unique,  la  courbe  correspondante  à  cette  dernière  mesure  est globalement un V dont la pointe est posée sur la date d’octobre 2000 déjà mentionnée, mais dont la branche droite est exagérément haute. En d’autres termes, le taux de change effectif réel de l’euro s’est fortement  déprécié  après  son  introduction  (de  près  de  20  %)  avant  de  revenir  au  niveau  initial  au premier trimestre 2003. Mais depuis lors l’euro a continué à s’apprécier en termes réels de 15%. La zone  euro  a  donc  perdu  en  compétitivité  prix  depuis  le  lancement  de  la  monnaie  unique,  même  si l’appréciation réelle n’est « que » de 15%. Si pour avoir une perspective longue on procède à ce calcul sur 15 ans (en reconstituant l’euro pour les années antérieures à son introduction), on s’aperçoit qu’en janvier dernier la zone euro avait retrouvé les basses-eaux de compétitivité prix de 1996. Ce n’est que sur le dernier trimestre que l’appréciation réelle a atteint un niveau non observé depuis 1993.

En dépit de cette compétitivité prix entamée, les exportations de la zone euro ont enregistré un mieux en  début  d’année  2008,  après  un  essoufflement.  Les  chiffres  Eurostat  de  février  2008  viennent  de tomber : en février (et en données corrigées des variations saisonnières), les exportations de la zone euro ont augmenté de 2%  alors que les importations  reculaient  légèrement.  L’effet  combiné  est  uneamélioration  du  solde  extérieur  de  la  zone,  excédentaire  de  800  millions  d’euros  vis-à-vis  des  pays tiers.

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