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L’euro et le coût de la vie

Opinions couramment entendues :

–    le passage à l’euro s’est accompagné d’une forte augmentation des prix.

–    si les prix continuent d’augmenter, c’est la faute à l’euro.

–    depuis le passage à l’euro, tout est cher.

–    le pouvoir d’achat diminue. C’est la faute à l’Europe, et en particulier à  l’euro.

Diagnostic :

Les français, dans une large proportion, mettent sur le compte de l’euro l’augmentation des prix à la consommation et la baisse du pouvoir d’achat. Ils établissent, à tort ou à raison, un lien entre le passage à l’euro et la cherté de la vie en général. Et, allant au-delà, une forte proportion n’hésite pas à dire que « tout ça, c’est la faute à l’Europe ».

Réponses :

1 / La période du passage à l’euro

En  2001,  les  industriels  et  la  grande  distribution  ont  anticipé  le  blocage  des  prix décrété  pour  six  mois  en  2002.  Après  cette  période  de  blocage,  les  prix  ont recommencé à augmenter pour « rattraper » le manque à gagner. On peut donc dire en  effet  que  le  blocage  des  prix  a  eu  l’effet  inverse,  conduisant  à  une  hausse supérieure  à  ce  qu’elle  aurait  du  être.  Il  faut  y  ajouter  l’effet  des  « arrondis »  en général vers le haut dans la traduction des prix en francs vers des prix en euros. Donc,  en  effet,  entre  2001  et  2003,  le  passage  à  l’euro  a  contribué  à  une augmentation des prix qui n’aurait pas eu lieu autrement. Mais on ne peut plus dire cela en 2006. Le passage a eu lieu et cet effet réel limité dans le temps a cessé de s’exercer.

2/ Les éléments objectifs

Depuis  2003,  le  prix  des  denrées  alimentaires  a  augmenté  plus  vite  que  le  coût moyen de la vie. C’est souvent vrai, mais l’euro n’a rien à voir là-dedans. Cela est dû notamment aux sécheresses à répétition et aux intempéries qu’on a connues depuis cette date, et c’est très variable selon les secteurs (influence forte sur le prix des fruits et légumes, et en 2006 sur le blé). Dans  le  secteur  du  logement,  les  prix  ont  aussi  explosé,  mais  cette  hausse  avait commencé en 1997 – 1999, donc bien avant le passage à l’euro, et a continué après. Le moment où elle a commencé à peser de manière substantielle sur les dépenses

3/ Les aspects psychologiques

Dans leur grande majorité, les français n’ont pas encore appris à compter en euros. Le chiffre affiché est environ six fois plus petit qu’avant, et lorsqu’on fait son marché on  n’a  pas  une  claire  vision  de  l’évolution  des  prix.  Cela  conduit  à  acheter  sans véritable repère, et en fin de mois quand la bourse est vide plus tôt qu’auparavant, on met  cela  sur  le  compte  de  l’augmentation  des  prix  et  on  rattache  inconsciemment cela au passage à l’euro, seule explication simple et facile. Exemple de perte de repère : le comportement de l’automobiliste pour faire le plein d’essence.  Auparavant,  quand  la  pompe  du  supermarché  affichait  30  centimes  de moins que la pompe de la station service indépendante, on n’hésitait pas à  faire un détour pour aller faire le plein. Aujourd’hui, on fait beaucoup moins ce détour parce que « ça ne vaut pas le coup pour 4 ou 5 centimes d’écart », alors que le différentiel est le même en valeur.

On  est  plus  attentifs  au  prix  des  choses  qu’on  achète  tous  les  jours :  si  ces  prix augmentent, on s’en aperçoit vite, et on focalise dessus pour estimer que l’inflation galope  (le  pain,  la  viande,  l’essence,  etc).  Par  contre,  les  biens  durables  qu’on  ne renouvelle qu’au bout de plusieurs années ne sont pas bien repérés ; or, ce sont ceux qui, en général ont tendance à baisser Exemple : lecteurs de DVD -6%/an depuis trois ans Par conséquent, si les caddies sont moins remplis en fin de mois, ce n’est pas parce que les prix des denrées alimentaires ont augmenté, c’est parce qu’on est obligés de se  restreindre  sur  les  achats  quotidiens  ou  hebdomadaires  quand  les  dépenses incontournables mensuelles ont été prélevées automatiquement en début de mois

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