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L’ESTONIE ADOPTE L’EURO

L’Union  européenne ne  débute  pas  l’année  2011 sous  les  meilleurs  auspices.  La  crise économique est profonde et celle de la gouvernance économique plus encore. Dans cette période de pessimisme européen, l’entrée d’un nouvel État membre dans la zone euro peut sembler difficile à expliquer.

Il est nécessaire pour le faire de revenir sur les dernières décennies de l’histoire estonienne. Pour se convaincre de leur importance, il suffit de prêter attention à la polémique suscitée par  les  frontières  du  pays  dessinées  sur  les  pièces  de  deux  euros  estoniennes.  En  effet, cela  choquera  bien  peu  de  Français  mais  beaucoup  d’habitants  de  l’Estonie  sont  restés stupéfaits en découvrant la pièce : les frontières du pays sont celles de l’entre-deux-guerres.

Après la réoccupation de l’Estonie par l’Union soviétique en 1944, la première a perdu une partie  de  son  territoire  au  profit  de  la  république  de  Russie.  Depuis  l’indépendance estonienne en 1991, aucun accord juridique n’a été conclu entre les deux pays puisque les Estoniens insistent pour que le traité de frontière fasse référence à l’occupation soviétique, ce que refuse la Douma (chambre basse du parlement) russe. Les euros estoniens ne font que  refléter  ce  différend  historique  et  l’on  a  du  mal  à  accorder  foi  aux  dénégations  de  la Banque centrale estonienne qui affirme qu’il s’agit d’une « erreur de l’artiste ».

Cette polémique montre bien à quel point la question historique reste centrale dans la vie politique estonienne. Elle illustre aussi la stratégie que le pays a mis en œuvre depuis 1991 : l’intégration rapide à l’OTAN et à l’Union européenne. Concernant cette dernière, l’Estonie en   a   fait   rapidement   sa   priorité   numéro   un.   Dans   les   années   1990,   Tallinn   a scrupuleusement appliqué les mesures économiques drastiques préconisées par Bruxelles et par Washington. Pour cette raison, le pays a adopté dès 1992 le système du currency board  et  une  parité  fixe  entre  la  couronne  estonienne  et  le  Deutschemark,  puis  l’euro. L’Estonie a ainsi très tôt abandonné une portion de sa souveraineté monétaire au profit de la stabilisation macroéconomique, ce qui explique en partie qu’elle fut le seul Etat Balte qualifié en 1997 pour la première vague d’élargissement de l’Union européenne. Depuis, Tallinn a continué à développer une stratégie internationale copiée sur celle de Helsinki  .

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