Recherche:

Euro fort ou faible, dollar faible ou fort ?

L’€ a  donc  surpris  par  sa  faiblesse  pendant  les  deux  années  suivant  sa  naissance ;  il  inquiète aujourd’hui par sa force.

Une  monnaie est  considérée  comme  forte  si  son  pouvoir  d’achat  ne  se  déprécie  pas ;  dans  une économie  fermée  on  en  juge  par  son  pouvoir  d’achat  interne ;  dans  une  économie  ouverte,  son pouvoir d’achat externe doit aussi être pris en considération.

Aussi  incompréhensible  que  cela  puisse  paraître,  des  deux  côtés  de  l’Atlantique  on  entend revendiquer  régulièrement  une  monnaie  forte !  John Snow, secrétaire  d’État  américain  au  Trésor affirmait dans  la  ligne  de  tous  ses  prédécesseurs :  « La politique des  États-Unis  reste  la  politique d’un $ fort ». Son successeur actuel Henry Paulson  renchérit :  « Un dollar fort est dans l’intérêt des États-Unis ».  Le  Président  de  la  BCE,  Jean-Claude  Trichet,  quant  à  lui,  a  promis aux  Européens : « Un  euro  stable,  fort  et  crédible ».  Crédible  oui certes  ;  mais  fort  et  stable  ensemble paraît peu probable. Bizarrement, les Américains et les Européens déclarent ainsi tous les deux souhaiter une monnaie  forte.  Il  faut  entendre  par  là  crédible,  c’est-à-dire  attractive  par  son  pouvoir  d’achat interne, mais fluctuante sur le marché des changes, donc ni forte ni stable dans l’absolu si l’on tient compte de son pouvoir d’achat externe. Crédible suffit. En ce sens l’euro est fort. Mais il faut savoir aussi que cela veut dire  fluctuant.  On  l’entend  rarement  ainsi  en  France.  L’euro a toutes  chances d’être alternativement fort et faible à l’avenir.

L’attitude  des  commentateurs  est  tout  aussi  ambivalente,  surtout  dans  notre  pays.  Qua nd  l’€ baissait, les politiques, vexés, faisaient grise mine alors que les industriels exportateurs se frottaient les mains en silence ; quand il s’apprécie, l’inverse se produit ; on se rassure d’avoir une monnaie reconnue  et  estimée  par  le  reste  du  monde,  mais  la  voix  des  exportateurs,  inquiets  pour  leur compétitivité, sait alors se faire entendre. L’industrie française avait ainsi retrouvé les délices de la dévaluation  compétitive  entre  1995  et  2001,  qu’elle  pratiquait  autrefois  vis-à-vis  des  autres européens,  vis-à-vis du dollar puisque  le  taux  de  change  effectif  réel  de  l’€  a  baissé  de  17 % au cours de cette période, avant de remonter d’autant entre 2002 et 2005. Elle ne doit pas anticiper que cela  dure.  Les  martyrs  ont  changé :  autrefois  les  exportateurs  vers  l’Europe,  aujourd’hui  les exportateurs  vers  les  États-Unis  ou  facturant  en  dollar,  comme  Airbus.  Les  premiers  sont  plus nombreux que les seconds puisque nous faisons 50 % de notre commerce extérieur avec la zone € et plus de 65 % avec l’Union européenne. Nous y gagnons donc en moyenne, mais les gagnants et les perdants ne sont pas les mêmes.

L’attention se focalise sur le change  €/$ du marché ; cette attitude est trompeuse. En effet, pour les échanges de la zone €, les autres monnaies d’Europe et celles d’Afrique jouent un rôle important dans le taux de change effectif. Pour les échanges américains, les monnaies d’Asie et d’Amérique latine comptent plus.

Articles liés