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Des ménages coincés dans la zone euro

Après avoir reculé en 2009 pour la première fois depuis 1992 dans la zone euro, la consommation des ménages a renoué avec des évolutions positives en 2010, à l’exception de la Grèce et de l’Irlande. La résistance de la consommation a été nette en France (+1,7% de croissance, contre+0.4% en moyenne dans la zone euro, +0.4% en Allemagne). Mais ce retour à des évolutions positives s’est fait partout à des rythmes très en deçà de ceux observés avant la crise, et il repose sur des bases fragiles.

En 2009, les mesures massives de soutien en faveur des ménages, le jeu des « stabilisateurs automatiques » (c’est-à-dire essentiellement la hausse spontanée des dépenses sociales, notamment de chômage) mais aussi le recul des prix du pétrole avaient permis de limiter l’impact des destructions d’emploi sur le pouvoir d’achat des ménages, et donc sur le recul de la consommation.

La hausse du chômage et l’effort de désendettement des ménages destiné à compenser leurs pertes de patrimoine se sont traduits par une nette progression du taux d’épargne, en particulier en Espagne, et en Irlande. Mais les pertes de richesse (et la hausse du taux d’épargne des ménages) ont été très amorties par rapport à celles subies par les ménages américains (-7% pour le ratio patrimoine total/RDB sur le cumul des années 2007-2009 en moyenne dans la zone euro, -4,5% pour le patrimoine immobilier, à comparer à des pertes de 25 et 41% aux Etats-Unis, où les prix de l’immobilier ont beaucoup plus chuté, et où la part des actifs financiers est beaucoup plus élevée. Or si les prix de l’immobilier sont désormais

Revenus à des niveaux « normaux » aux Etats-Unis, ils sont considérés comme encore surévalués dans plusieurs pays (en particulier en France, en Espagne et aux Pays-Bas), de sorte que des risques pèsent sur le bilan des ménages (et donc sur leur capacité à investir et à consommer).

En 2010, la situation du marché du travail s’est améliorée dans la plupart des pays de la zone euro, à l’exception de l’Irlande, du Portugal et de la Grèce. Le ralentissement des destructions d’emploi(en Espagne), le retour à des créations nettes d’emplois (en Allemagne, en France, aux Pays-Bas, en Belgique) ou la stabilisation de l’emploi ont soutenu la progression de la masse salariale, alors même que le ralentissement des salaires négociés s’est fait relativement peu sentir dans plusieurs pays (notamment la France, l’Allemagne et l’Italie) en raison de l’augmentation du temps de travail et du retour des primes qui avaient été supprimées au paroxysme de la crise. Mais en raison de l’accélération de l’inflation et du retrait progressif des mesures de soutien au revenu des ménages, les ménages n’ont vu qu’une amélioration très faible de leur pouvoir d’achat de leur revenu disponible .Dans l’ensemble de la zone euro, ce dernier a continué de baisser, et la progression de la consommation des ménages n’a été acquise que par la baisse de leur taux d’épargne. L’Allemagne est l’un des rares pays dans lequel la croissance du pouvoir d’achat des ménages a accéléré en 2010. En France notamment, le pouvoir d’achat des ménages s’est ralenti en 2010 (+1,2%, contre +1,6% en 2009).

En 2011, la consolidation de la consommation des ménages, composante essentielle d’une croissance auto-entretenue (elle pèse pour 58% du PIB en moyenne dans la zone euro, 59% en France) est ainsi loin d’être acquise dans la zone euro. Les ménages vont en effet subir le triple choc de l’accélération de l’inflation, des séquelles de la crise sur la progression des salaires, et des plans d’austérité mis en œuvre pour réduire les déficits publics, dont l’essentiel des effets va peser sur eux dans de nombreux pays. La plupart des prévisionnistes tablent sur une très faible accélération des dépenses de consommation des ménages en 2011 (voire sur un ralentissement) dans les grands pays de la zone euro…qui postule une baisse du taux d’épargne, elle-même loin d’être assurée.

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